Du Huerto del Cura à l’Alhambra : un voyage à travers les jardins historiques d’Espagne
Palmeraies, demeures historiques, domaines et jardins méditerranéens dessinent une carte culturelle pour découvrir l’Espagne
L’intégration du Huerto del Cura d’Elche à l’Itinéraire européen des jardins historiques renforce la présence espagnole au sein de ce réseau, certifié Itinéraire culturel du Conseil de l’Europe depuis 2020. Parcourir ses jardins, c’est découvrir l’Espagne sous un autre angle, à travers des lieux où la nature fait partie intégrante de l’histoire. La beauté des paysages et la richesse botanique accompagnent un voyage qui associe le plaisir de la promenade à la découverte du patrimoine. Un jardin historique ne se résume ni à une collection botanique ni à un décor ornemental. La Charte de Florence le définit comme une composition architecturale et végétale présentant un intérêt public, tandis que la législation espagnole souligne qu’il s’agit d’un espace aménagé par l’être humain et apprécié pour son histoire ou ses qualités esthétiques. L’alliance de la nature, du design et de la mémoire explique toute la richesse d’un itinéraire qui invite à voyager en lisant le paysage. Le Huerto del Cura apporte à cet ensemble une identité unique. Intégré à la palmeraie d’Elche, il rassemble près de 1 000 spécimens de palmiers appartenant à plus de 85 variétés, dont le plus célèbre est le Palmier impérial (Palmera Imperial). Son histoire est liée à des personnalités telles que l’impératrice Élisabeth d’Autriche, plus connue sous le nom de Sissi, et l’archiduc Louis-Salvador de Habsbourg-Lorraine. Classé Jardin artistique national en 1943, son intégration à ce réseau européen ouvre de nouvelles perspectives en matière de coopération, de recherche, de conservation et de promotion d’un tourisme culturel durable. Depuis Elche, l’itinéraire se déploie le long du littoral méditerranéen, révélant des paysages très variés. À Cambrils, le Parc Samà s’étend sur 14 hectares de jardins historiques, où l’art paysager romantique et les évocations du Cuba colonial composent une atmosphère singulière. À Lloret de Mar, les jardins de Santa Clotilde transforment le bord de la falaise en une succession de terrasses, d’escaliers, de rampes, de belvédères et de perspectives, où la mer s’intègre à la composition comme un élément à part entière. À Majorque, l’itinéraire passe par le domaine de Raixa, situé à Bunyola, où une villa d’inspiration italienne, des jardins aménagés en terrasses, une place de choix accordée à l’eau et les paysages de la Serra de Tramuntana composent un ensemble typiquement méditerranéen. À Grenade, les jardins de l’Alhambra et du Generalife portent à une autre échelle cette relation entre végétation, architecture et eau, en reliant des espaces de différentes époques à travers patios, jardins potagers, senteurs et perspectives.

La Galice occupe une place importante dans cet itinéraire espagnol. Le château de Soutomaior, le parc de l’Alameda à Saint-Jacques-de-Compostelle, le Pazo de Lourizán, le Pazo de Mariñán, le Pazo de Oca, le Pazo de Rubianes, le Pazo Quinteiro da Cruz, le Pazo-musée Quiñones de León et le Pazo Faramello dessinent une géographie où jardins, demeures seigneuriales, forêts et collections botaniques s’entremêlent. Le camélia en est l’un des grands fils conducteurs. Chaque pazo (demeure seigneuriale galicienne) compose un tableau singulier. Oca associe tradition baroque, tracé régulier, bassins et présence constante de l’eau ; Rubianes abrite plus de 800 variétés de camélias et un remarquable patrimoine arboré ; Quinteiro da Cruz compte près de 2 000 camélias de plus de 600 variétés, auxquels s’ajoutent des vignobles, une plantation de thé et un patrimoine rural ; Mariñán organise ses jardins en trois espaces — ornemental, horticole et arboré — ; enfin, Faramello associe jardins en terrasses, forêt, eau et mémoire industrielle, au bord de la rivière Tinto. L’itinéraire permet de passer de la verticalité des palmiers d’Elche à la géométrie des jardins de demeures seigneuriales, de l’horizon marin de Santa Clotilde à la luxuriance végétale des pazos galiciens. Ces expériences varient selon les territoires et les jardins : l’eau structure les perspectives, l’architecture dialogue avec la végétation et les saisons transforment les couleurs, les senteurs et les façons de parcourir ces lieux où paysage et histoire restent étroitement liés.